Transformation numérique & espace public : découverte des jeux de données du CEREMA

J’avais de grands espoirs dans la note des nouvelles sorties de data.gouv.fr promettant l’ouverture des données de propriétaires d’infrastructures routières par le CEREMA. Le projet initial consistait à réutiliser cette donnée pour en faire une petite application permettant de faire plus facilement des permissions de voiries et des arrêtés de circulation en connaissant directement le gestionnaire de domanialité. En effet, pour ceux qui doivent en faire beaucoup pour des petits travaux, c’est assez pénible et à ma connaissance aucun acteur n’a structuré le marché comme dans le cas de Sogelink ou Prothys pour la gestion des DICT. Hélas, c’est un échec, car on ne voit pour le moment que les très grands axes (la plus petite voirie est une RN), et c’est plutôt frustrant…

J’ai découvert à cette occasion la richesse des données ouvertes par le CEREMA et clairement, il y a du bon pour nous autres transformateurs de travaux :

Le CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) est un établissement public tourné vers l’appui aux politiques publiques, placé sous la double tutelle du ministère de la transition écologique et solidaire et du ministère de la cohésion des territoires. Les missions du Cerema concernent l’ensemble des thématiques de l’aménagement et du développement durable (urbanisme, environnement, infrastructures de transport, gestion des risques etc.). Il apporte un appui notamment aux collectivités territoriales et aux services déconcentrés de l’État.

Objectivement, elles ne sont pas toutes très documentées et certaines n’apportent pas encore beaucoup au débat, mais le fait qu’elles soient mises en ligne est le début d’un mouvement intéressant, car on peut espérer que leur mise à jour et leur extension fasse l’objet de KPIs au CEREMA.

En tout cas, une des couches m’a particulièrement intéressée en termes de transformation numérique et d’utilisation des ressources du grand public pour contribuer au suivi de l’évolution liée au réchauffement climatique et à une meilleure connaissance de notre territoire :

Les traits de côte ont été levés par des contributeurs grand public utilisant l’application participative rivages développée par le Cerema. Les contributeurs ont à suivre un protocole disponible dans l’application et marcher sur le lieu adapté au type de plage sur lesquelles ils se trouvent. La trace est donc enregistrée avec la localisation du GPS interne au smartphone, susceptible de qualité plus ou moins bonne en fonction du smartphone et de la couverture satellitaire (masque…). Le Cerema élimine dans le processus de collecte participatif les données les plus aberrantes.

Plus de data sur ce projet :

Quelques remarques technophiles sur ce projet :

  • Un ordre de grandeur d’installation de l’ordre du millier, et un nombre de contributeurs inférieur à 100 : on est dans un taux de participation (~10%) qui n’est pas mauvais (comparé au standard), mais pas génial non plus sachant que l’application est clairement dédiée à ça. Ceci dit, beaucoup d’utilisateurs (comme moi) ont surement du la télécharger pour regarder. L’application doit être plutôt ergonomique, surtout qu’il n’est pas certain que la couverture data soit optimale ;
  • Hélas l’application mobile n’est pas Open Source (et je pense qu’elle devrait l’être). En effet, une telle application pourrait être tout à fait pertinente pour d’autres sujets qui sont aussi d’intérêts mais qui ne pourraient pas forcément porter l’intégralité du développement de l’application et de la plateforme. Par exemple, je pense à une mesure de la frontière entre feuillus et conifères dans les forêts, à l’évolution de la frontière de certains espaces naturels qui sont à la fois vastes et menacés, et dont la surveillance et d’une certaine partie la responsabilité pourrait aussi être confiée à tous, ou tout simplement à l’extension du même principe dans d’autres pays ;
  • Une diversité de téléphone importante (cf. liste extraite) et pas forcément faite de téléphones très haut de gamme, sur des données commençant en 2016, donc attente ;
  • Une petite analyse de la donnée (cf. tableau dyn croisé) permet de savoir que le projet est en perte de vitesse sur 2019 (un peu plus de communication à faire ?) et que paradoxalement, les mois les plus productifs sont les mois d’automne et de printemps. Décidément une application de passionnés locaux plus que touristes, ca laisse à la fois un réservoir à aller chercher et une idée de la qualité de la donnée collectée. Renforcé par le fait que depuis que la langue système est une donnée collectée, c’est du français ;
  • J’aimerais bien savoir comment sont triées les données aberrantes car c’est clairement un des enjeux dans le cas de la mesure de quelque chose doit évoluer et qui est hors carto / vue satellite par nature, et par horaire (phénomènes de marées) ;
  • Les données sont aussi collectées à l’international (cf. Fig. 1) et cela fait vraiment prendre conscience de l’impact que peuvent avoir certains projets qui sont conçus de manière globale : tout ce qu’il faut pour que l’Italie (ou l’Espagne, ou le Mozambique) soit couvert par cette application et que l’on puisse constater un phénomène à l’échelle globale, c’est 1°) d’un plan de communication dans le pays concerné 2°) d’un peu de volonté d’une agence locale pour trier des données. On peut se réjouir du fait que les scientifiques n’ont jamais autant eu autant de données qu’avec les tendances actuelles à la mise en oeuvre de la puissance de la multitude, et on peut penser qu’il n’en auront jamais aussi peu…

Lien vers le Google Sheet de travail.

Fig. 1 : Plutot parcellaire pour le moment, centrée sur le sud-est, et débordant vers l’Italie…

En tout cas si vous avez QGIS sous la main et un peu de bande passante (!), jetez un oeil à leur serveur il y a de vraiment beaucoup de choses dispo, et c’est plus simple de fouiller comme ça qu’en passant par datagouv. Il y a aussi quelques WFS mais c’est un peu fouillis pour les retrouver…

On ne peut que remercier le CEREMA pour toutes ces données !

Anticiper les travaux avec la carte du sous-sol

… Et prévoir des randonnées plus ludiques !

La plus-value rochen vous connaissez ? Si non, adressez vous à votre génie civiliste préféré : il connait certainement. C’est ce qui est facturé en plus lorsque les travaux requièrent d’utiliser un brise roche (ou de l’explosif) pour se débarrasser d’un rocher encombrant. Dans les réseaux, souvent vendu sous le nom de PV roche au ml, c’est l’objet de discussions agitées avec la Maitrise d’Ouvrage, la Maitrise d’Oeuvre, voire plus si (non) affinités.

Ce qui rend la PV roche savoureux, c’est son caractère un peu aléatoire ; on ne sait pas trop ce que l’on va trouver. Votre prestataire local sait ; par contre, si on déploie des réseaux sur une zone un peu étendue, c’est plus délicat… Et c’est là que le risque de plus value indue (ou dépassement non planifié) explose.

Heureusement, le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) édite le site Infoterre qui propose à titre gratuit et en Open Data des données cartographiques sur le territoire. A ce titre, il donne accès aux couches de la Banque du Sous-Sol (BSS), aux cartes géologiques, ainsi qu’aux autres données relatives aux thématiques du BRGM..

Dispo ici : http://infoterre.brgm.fr/formulaire/telechargement-cartes-geologiques-departementales-150-000-bd-charm-50

Où risque-t-on de la PV sur cette route ? Village de Jarrier en Savoie.

Intéressant à plus d’un égard :

  • Optimisation des couts de travaux (choix du type de trancheuse) ;
  • Optimisation de la durée de vie du réseau (éviter « Eboulements à gros bloc », « boues torrentielles ») ;
  • Optimisation de l’exploitation (éviter « Alluvions récents », « cone de déjections », « cones torrentiels »)

Ce sont des informations qui relèvent du bon sens et que connait le local de l’étape, mais qui peuvent avoir un sens particulier lorsque l’on contrôle des études ou que l’on valorise un réseau.

Une carte à télécharger par département, et on rajoute ça dans toutes les bonnes bases de données !

Bonus, parce qu’il n’y a pas que les travaux dans la vie, florilège de données utiles (sur le département de la Savoie) :

Les tutos des « plombiers du numériques »

Un site à consulter pour tous ceux qui sont intéressés par le déploiement de la fibre optique, de près ou de loin (dans les BE par exemple, pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur dans une chambre) : https://lesplombiersdunumerique.dokit.io/wiki/Accueil

Les tutos sont très orientés terrain et matériel, la plupart sont proposés par Telenco qui est un distributeur. Ils sont utilisés comme support de formation par le « réseau » Ecoles des Plombiers du numérique (lesplombiersdunumerique.org),  un dispositif d’insertion dans les métiers des infrastructures numériques.

On regrette seulement que ce site n’aborde pas le sujet des microtubes qui sont le vrai point de convergence entre le déploiement de fibre optique et la plomberie… et un point de passage à mon sens obligatoire en terme de simplification pour pouvoir déployer selon les ambitions affichées en France.